Le mystère de la rose bleue

Bien qu’au pouvoir en France depuis 2012, la gauche française n’est toutefois pas au bout de ses contradictions idéologiques. Que ce soit sur les questions économiques ou sécuritaires, le Parti « socialiste » chasse clairement sur les terres thématiques de l’UMP. Cela déstabilise une opposition qui peine à retrouver de sa superbe depuis la sortie politique (temporaire) de son leader historique; mais entraine des réactions de rejet au sein de son propre camp. Alors entre posture politique et véritable perte d’identité la stratégie du P.S peut-elle être payante ?

Où est passé la gauche ?

Depuis le traité de Maastricht et l’instauration de ses critères d’harmonisation des agrégats économiques en 1992 (encadrement du taux d’inflation, du déficit budgétaire et de la dette publique), le Traité Constitutionnel Européen, et le Traité de Lisbonne ; deux tendances, deux visions de l’Europe s’opposent véritablement au sein de la gauche française. Il s’agit d’une configuration qui renforce le caractère unilatéral de la construction européenne par sa dimension  libérale, adoptée par la gauche Française notamment.

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Ainsi, il semble à l’heure actuelle qu’un caractère indissociable demeure entre la volonté d’intégration européenne et son orientation libérale ! Cette situation plutôt douteuse d’un point de vue démocratique est alimentée par l’absence de partis politiques européens remplacés par des formations politiques établies par sensibilités.

On y observe d’un côté ceux disposés à accepter un consensus pour soutenir l’intégration européenne et de l’autre ceux qui s’y opposent. Une configuration qui ne prend donc pas en compte le clivage classique gauche/droite, ou seulement à la marge. Cette dualité idéologique et ce bipartisme historique qui permet de choisir une orientation économique plutôt qu’une autre sont dorénavant insignifiants.

Quand on réfléchi seul on a toujours raison                   

L’opposition idéologique entre la droite et la gauche, qui a rythmée le 20eme siècle n’existe plus et les bienfaits de la dialectique ont disparu dans le même temps. La discussion et l’opposition d’idée ne sous-entendent pas nécessairement un retour vers une économie administrée voire vers le communisme. Elles pourraient simplement lui donner une légitimité à travers une meilleure représentativité dans les courants de pensée, qui lui fait actuellement défaut. « There is no alternative (TINA) » ou l’absence d’alternative, cette célèbre phrase prononcée par Magareth Tatcher illustre parfaitement la course en avant du libéralisme.

Le champ de bataille intellectuel a été déserté par les intellectuels et économistes de gauche depuis l’effondrement du bloc soviétique. La pensée libérale dominante, bien aidée par l’évolution du socialisme à travers l’Europe, a perdu en crédibilité en acceptant le libre marché comme une évidence. Le rapport de force s’est clairement déséquilibré en défaveur du socialisme qui a semble t-il accepté (par défaut ?) l’idéologie dominante. Cet abandon s’est traduit de façon plus ou moins prononcé à travers l’Europe en voyant l’émergence de la « Social Démocratie » à tendance libérale observé dans les pays scandinaves, sous les années Blair et plus récemment en France avec les positions prises par F. Hollande. On parle même de  « Social Libéralisme », ce mot barbare exprime bien le flou  qui entoure cette idéologie.

Le paysage économique a été tellement chamboulé par l’évolution de la pensée socialiste que même JM. Keynes pourtant sauveur de la crise de 29, et ses politiques expansionnistes de soutien de l’économie par la demande, se sont retrouvées vulgairement cataloguées à gauche.

Dans un autre style, le politicien français UMP Michel Barnier, Commissaire Européen au marché intérieur, l’un des instigateurs de la régulation financière, est régulièrement appelé le Che Guevara  au sein de la Commission Européenne. Cela en dit long sur l’ampleur du désastre.

Un devoir démocratique négligé

Cette dynamique place les « euro-alternatifs » dans  une situation où seuls les extrêmes sont capables de prendre le contrepied de cette Europe néolibérale. Il n’y a donc effectivement aucunes alternatives crédibles et efficaces à la crise financière et économique que nous traversons.

Du fait de son histoire la gauche est la seule à pouvoir  apporter une voix différente, comme le soulignait le prix Nobel d’économie Paul Krugman, récemment dans le New York Times : « Quand Mr. Hollande est devenu le président de la seconde économie de la zone euro, certains d’entre nous espéraient qu’il prenne positon contre l’austérité. ». Le principe de l’alternance étant basé sur le changement de courants politiques suite à une élection. On pouvait donc aisément penser que le gouvernement Ayrault puisse proposer une alternative en termes d’orientation économique mais aussi européenne.

Actuellement, l’évolution du Parti Socialiste pose la question de la légitimité. Le modèle Social-Démocrate a, il est vrai,  montré des qualités évidentes dans les pays scandinaves, malheureusement  le virage socialiste en est loin. En effet, la social-démocratie base son dynamisme économique sur la fléxi-sécurité du marché de l’emploi, tandis que le projet de F. Hollande, quant à lui est basé sur la déflation salariale. Cette orientation économique là ressemble davantage à ce que l’UMP a coutume de proposer, et nombreux sont ceux à l’avoir remarqué. Ainsi, la rupture avec la majorité se fait sentir et l’électorat de gauche, se sent trahi et on touche ici aux limites de la démocratie représentative.

Et si la réduction du déficit démocratique européen passait par l’affirmation des convictions d’une gauche actuellement timorée ?

Werner LATOURNALD

Une réflexion sur “Le mystère de la rose bleue

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